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Beauté et efficacité

Par Patrick Berge

« Budo, la Voie. Elle se vit
Sans jamais se dire.
Ni mots, ni écrits
N’ont l’assentiment des Dieux. »
Ô  Sensei Ueshiba. Poèmes de la voie

« C’est beau », « on dirait une danse » sont des remarques fréquentes de la part de ceux qui observent l’Aïkido pour la première fois.
L’Aïkido dévoile donc une sensation de beauté, mais pourquoi?
Les techniques de l’Aïkido reproduisent les mouvements de la nature.
Une attaque, même  linéaire, est accueillie dans une spirale enveloppante qui réunit les énergies de l’attaquant et de l’attaqué qui semblaient divisées.

De la plante grimpante qui étire avec souplesse et détermination ses volutes autour de son support, aux tourbillons ravageurs du cyclone tropical, les phénomènes peuvent sembler doux et paisibles ou violents et meurtriers, mais toujours ils inspirent l’admiration par l’impression d’harmonie et de puissance cachée qui en émane.
Ces mouvements, pourtant très divers, sont engendrés par une même énergie.
Ils sont orchestrés par les lois naturelles qui  régissent tant les cycles cosmiques que les rythmes de notre organisme. Quelle qu’elle soit, cette énergie s’exprime de la même façon à tous les niveaux de la manifestation.

Dame Nature dessinant un kanji Aï, harmonie

Dame Nature dessinant un kanji Aï, harmonie
« La natura è una universale e sicura maestra a chi l’osserva »
« La nature est un professeur universel et sûr pour celui qui l’observe. »
Carlo Goldoni

En japonais on nomme cette énergie le ki, terme central du mot Aïkido.
Cette harmonie et cette puissance que nous percevons dans la danse des éléments, et qui sont des manifestations du ki, se retrouvent dans l’art créé par Maître Ueshiba.
Mais la beauté fascinante d’un cyclone ou d’un raz de marée, si elle peut évoquer une danse, ne doit pas faire oublier leur redoutable capacité de destruction.
Création et destruction sont les deux faces d’une même médaille, et c’est grâce à cette alternance que la vie se perpétue.

Lorsque l’on effectue une technique, on est parasité par ses tensions, ses « mauvaises habitudes » gestuelles, qui ne sont que le reflet de son mental, et qui provoquent des mouvements angulaires au potentiel limité.
Le respect de la direction, du sens de l’énergie, permet l’expression de la puissance du ki.
Ainsi le pratiquant d’Aïkido, dans sa valse martiale, ou chevaleresque, une fois discipliné son ego et affinée sa technique, peut-il atteindre à cette harmonie et humblement se laisser guider.
Apparaissent alors des mouvements spontanés, harmonieux;  des mouvements qui deviennent simplement beaux, à l’image de notre mère Nature.

 
 

4 commentaires

  1. Benoît Hiss

    J’ai apprécié la grande cohérence
    des idées, du texte, des citations et de l’image (!)
    Un vrai plaisir.
    Le 13 avril 13, Benoit.

  2. Olivier Girod

    Non seulement c’est beau, mais aussi simplement expliqué, on devrait regarder la « nature » plus souvent et de plus près, dommage que l’homme veux dominer celle-ci plutôt que de s’en inspirer, merci Patrick
    Olive

  3. Patrick Berge

    Ravi si cet article vous donne du plaisir et de l’inspiration, et puisque donner c’est recevoir, tout le plaisir est pour moi… et réciproquement!
    Patrick

  4. Chantal

    Un texte tout en rondeur et rempli de poésie, de légéreté et
    de force, une spirale qui nous recentre.
    Merci Patrick

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