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Légitime défense

Deux faits divers tragiques viennent  de marquer l’actualité et nous interrogent une fois de plus sur cet épineux problème.

Le premier concerne un courageux témoin d’un hold-up qui décide de pourchasser les braqueurs et qui, hélas, perd la vie sous les tirs d’un des braqueurs.
Le second concerne un bijoutier attaqué à plusieurs reprises et qui, après avoir été braqué et violenté réagit en tirant sur les fuyards. L’un d’eux est mortellement blessé dans le dos.
Pour sa défense, il affirme avoir voulu tirer dans les pneus. Il est finalement mis en examen pour homicide volontaire, la légitime défense n’ayant pas été retenue vu l’impact dans le dos.

Rendre la justice est certainement une tâche difficile et il est compréhensible que le législateur veuille éviter une justice sauvage digne du Far-West.
Ceci dit, on peut s’interroger sur certains aspects étonnants voire choquant qui laissent perplexes quant à l’équilibre des plateaux de la balance. L’impression donnée est que le citoyen honnête est moins protégé que le malfrat. Le premier aurait plus de devoirs et le second plus de droits!

Y at-il un Coeur entre les plateaux?

Y a-t-il un coeur entre les plateaux?

Suite à cette affaire, un homme de télévision racontait comment il était venu au secours d’une femme attaquée dans la rue, mais malheureusement, la bagarre qui s’ensuivit entraina des dommages physiques pour le voyou. Le courageux samaritain fut condamné à trois mois de prison avec sursis car il est interdit de punir!
L’histoire  ne dit pas si l’agresseur a eu droit à une sanction.
Après tout, le métier de bandit est un métier à risque, pratiqué «au noir», sans assurance responsabilité civile et professionnelle, sans cotisation pour la retraite!..

Essayons de raisonner à froid car l’émotion et la passion sont mauvaises conseillères.
Force est de constater que notre société réagit sentimentalement et que l’on ne peut se réjouir de la mort d’un homme fut-il un bandit.
Force est de constater que nos ministres sont plus enclins à se recueillir sur une tombe qu’à dénoncer les dommages collatéraux des violences urbaines liés à l’apparente protection de la légitime défense.

Y aurait-il deux poids, deux mesures?
Y aurait-il des privilèges et des privilégiés?
Quand un enfant de ministre disparaît, toute les polices de France le recherchent.
Quand un ministre tombe malade, il est hospitalisé dans ce qui se fait de mieux.
Tout cela est  normal dans un pays moderne (nous souhaitons du bien à nos dirigeants et leurs familles)… en espérant que le même traitement soit appliqué à n’importe quel citoyen.
A bien y regarder, nous avons des doutes.
La révolution française permit à la classe bourgeoise (Danton, Robespierre…) de prendre la place de la noblesse pour leurs privilèges. Ce ne fut pas du tout une révolution «populaire» comme on l’entend dire dans les discours démagogiques du 14 juillet! Le «petit peuple» reste un outil de manipulation pour se donner bonne conscience et  obtenir l’adhésion des masses.
Maintenant, on ne parle plus de classe privilégiée mais d’élite: élite intellectuelle, financière, politique… Il n’y a qu’à regarder l’exemple de nos sénateurs qui votent une loi valable pour tous sauf pour eux-même!
Le dénominateur commun à toutes ces élites ne serait-ce pas ni plus ni moins que l’égoïsme et la confiscation des pouvoirs?
Faudrait-il que ces drames de légitime défense touchent l’élite politique pour que les choses évoluent?
Peu probable compte tenu de la sécurité et des gardes du corps, et naturellement, nous ne leur souhaitons  pas.

Descends si t'es un ours!L'ours de Jean-Jacques Annaud

Descends si t’es un ours!
(Maman est derrière).
« L’ours » de Jean-Jacques Annaud (1988)

Steven Seagal nous expliquait pourquoi il était protégé par une demi-douzaine de body-guards. Cà lui coutait moins cher que les conséquences financières d’une provocation afin d’enclencher une procédure à l’américaine! Dans le grand ouest, il y a toujours un malin qui veut prouver qu’il est le plus fort.
Tout semble permis au nom de l’appât du gain avec une mentalité procédurière. Un directeur de club de vacances nous racontait comment un spectateur noir américain dans la zone pan-américaine avait porté plainte pour racisme parce qu’un des membres du club était maquillé en noir pour un spectacle. La condamnation (en millions de dollars) eut pour conséquence de cesser cette pratique et de grimer…en bleu les rôles de noir! A mourir de rire quand il nous dit qu’il fallut maquiller en bleu… un artiste noir! (Vous  suivez?)
Le café trop chaud qui brûle la langue et permet de récolter quelques millions de dollars et tous ces exemples pourraient prêter à sourire si la société n’était pas complice de ces dérives. Il n’est pas de notre propos de faire le procès de la justice, mais nous pensons qu’il est des plaintes abusives, irrecevables et choquantes.

Quand on pratique un art martial, la question de la légitime défense se pose de façon aigue. Il est clair qu’en cas de blessure infligée, la justice sera encore plus sévère si l’auteur est expert et s’il est sensé pratiquer un art martial non violent comme l’Aïkido.
Il est vrai que cet art offre des possibilités de réponse pour se défendre efficacement tout en préservant l’intégrité de l’agresseur.

En 1967, la tradition de notre Dojo imposait à partir du 4e Kyu un serment qui était prononcé rituellement. L’adolescent que nous étions fut marqué par la cérémonie et surtout les mots au point que nous nous en souvenons parfaitement.

Voici ce que nous répétâmes solennellement:

 «Moi, (Nom, Prénom),
en présence de mon Maître et de mes partenaires,
je prête serment et jure sur l’honneur de ne pas pratiquer l’Aïkido en dehors d’un Dojo.
Je jure de n’utiliser l’Aïkido que pour ma légitime défense
ou pour porter assistance à personnes en danger,
dans le respect de la personne humaine,
en proportionnant toujours la défense à l’attaque».

Ces mots sont marqués dans notre mémoire (l’énergie du coeur gouverne la mémoire). C’est plus qu’un jeu de paume mais un serment qui lie notre main et notre coeur comme nous l’avons expliqué avec «la main du Kokoro».

On ne réalise pas entièrement l’importance et l’impact de nos paroles sur un enfant, un jeune homme ou une jeune femme. Ainsi, Tylan, 9 ans, stoppa un conflit avec un autre enfant belliqueux fier de ses connaissances en Judo, en expliquant que l’Aïkido interdisait la violence. Soyons reconnaissant aux instructeurs pour enfants et pour adolescents qui arrivent à faire passer un message de grande valeur humaine et sociale. On est loin des pseudo-éducateurs qui poussent à la violence au nom du résultat et de la performance.
D’une façon générale, nous conseillons la discrétion sur ses compétences. Le sourire, la négociation et la psychologie sont nécessaires quitte à passer pour un faible.
Anecdote des années 60: deux automobilistes en viennent  au duel verbal:
« Tu sais pas à qui tu parles? Je suis ceinture noire d’Aïkido! » dit l’un en brandissant sa licence dans une discipline peu connue à l’époque.
PAN! Le coup de poing traversa la licence qui cachait en plus le champ de vision pour atteindre le visage.
Sans commentaires!

Que conclure au bout de cette réflexion?

L’Aïkido est un art merveilleux dans sa philosophie et très difficile dans son application pratique dans notre monde moderne plein de violence et de pièges dont nous sommes tous entièrement responsables.
Ayons la foi de pratiquer dans la joie et la concentration afin d’acquérir le pouvoir «d’arrêter les lances» (traduction de « Bu » dans « Budo ») en espérant humblement et fermement que nous n’aurons pas à nous retrouver dans une situation dramatique où la vie est en jeu.

Et si malgré tout cela devait arriver, n’oublions pas que le message de Maître Ueshiba est une manifestation de l’Amour dans le respect et la protection de la vie.

                                                                                        JMT

 
 

5 commentaires

  1. Henri Maronne

    Bonjour Jean-Marie,
    Toutes mes félicitations pour ton article sur la légitime défense,bien vu!
    Nous avons beaucoup à réfléchir sur ce problème ayant maintes fois été confrontés à de telles situations, il est vrai que l’Aïkido est d’une sagesse profonde et a toujours été notre guide. Merci pour tout ce que tu m’as enseigné depuis toutes ces années.
    Amitiés à tous.
    Henri

  2. Bonjour Henri,
    Cela fait plaisir d’avoir de tes nouvelles qui ramènent des vieux souvenirs des années 80. En effet, l’Aïkido est un système ouvert qui apporte des réponses dans tous les domaines.
    J’espère te revoir en pleine forme et partager nos expériences.
    Très amicalement,
    JMT

  3. Henri Maronne

    Merci de ta réponse qui me fait grand plaisir.
    Vous êtes tous admirables à revoir et félicitations pour tout ce que tu as entrepris pour développer cette merveilleuse méthode.
    A Montélimar, depuis quelques années, avec Nicole, nous avons abordé, espérons-le, un peu la sagesse!?
    J’espère à bientôt. Antoine notre fils ainé est toujours à St-Tropez, il bosse à la presse sur le port.
    Amitiés à tous,
    Henri.

  4. L’amitié est un des éléments qui permet au coeur de brûler pour les autres!
    JMT

  5. Merci pour ces supers conseils !!!

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