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Aïki-budo

Moment de vérité

La sentinelle veillait. Soudain dans la nuit noire, un bruit.
« Qui va là » ?…  cria la sentinelle en brandissant son arme. « Halte ou je tire » !
« Du calme », fit une voix, « je t’apporte les munitions ».

Un roi très cruel demanda au peintre de la cour de le peindre en pied. Mais en plus de sa cruauté, le roi était borgne et boiteux et c’était risquer sa tête que de représenter la réalité. Aussi l’artiste eut l’idée de peindre le roi un genou à terre, visant un oeil fermé avec un arc.

Un bon pilote anticipe le prochain virage, un bon tennisman anticipe la réponse de l’adversaire, un bon joueur d’échec a un coup d’avance.  En Aïkido, Ki no nagare, l’écoulement du Ki associé avec Ki musubi, le lien, permettent l’intuition.

Quand un homme se noie, peu importe la couleur de la bouée : on le sauve sans attendre qu’il soit au fond de l’eau. Mais s’il se noie régulièrement, apprenons lui à nager.

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Il en existe un qui s’arrête de fonctionner à cause des grèves.

Un jour, nous aurons le(s) traitement(s) du covid-19. Mais quand ?
Un jour apparaîtra un autre virus qui posera les mêmes problèmes avec les mêmes réponses. C’est une course sans fin nécessaire mais pas suffisante.
Ne faudrait-il pas regarder le terrain récepteur, comprendre pourquoi 80% font peu ou pas la maladie et agir à ce stade ?

La stratégie  adoptée est fonction des armes disponibles.
Reste la peur naturelle et celle exploitée pour mieux contrôler les foules. Il ne faut pas oublier que la peur comme tout stress abaisse nos défenses immunitaires. Les conséquences à long terme risquent d’être pire que les avantages à court terme.
Un journaliste interroge un enfant de 7 ans, sa maman est infirmière hospitalière :
« Tu n’as pas peur de voir ta maman partir travailler » ?
Cela rappelle l’interview d’un légionnaire dans le désert lors de la première guerre du golfe.
« Vous n’êtes pas trop triste de laisser votre fiancée » ?
Le journaliste  a été renvoyé fermement dans les cordes.
Notre société aurait-elle engendrée un défaut de virilité ?

-« Nous sommes en guerre.
-Oui sergent CHEF » !
La peur permet la prudence avant un combat, elle est néfaste pendant et compréhensible après.
En 2000, le thème du séminaire était : « N’ayez pas peur ».

Que faut-il comprendre derrière cette peur ?
« Tous ces cercueils » lâche une dame de 80 ans en éclatant en sanglots, oubliant tous les morts « habituels » en Méditerranée, dans les guerres du Proche-orient et toutes celles de notre société, sur la route, les autres maladies, le tabac, l’alcool, les accidents domestiques etc, etc…
La mort des autres nous renvoie à la nôtre. Tant que l’homme d’occident et d’orient n’aura pas maîtrisé et dépassé le mystère de la mort, il aura cette angoisse, la peur du noir, la peur du confinement.
Dans les arts martiaux, la maitrise technique n’est rien comparée à la maitrise du mental et de la mort comme l’enseignait Takuan. Le maître de Tai Chi Chuan Gu Mei-Sheng disait qu’il se sentait libre alors qu’il était emprisonné pendant la révolution culturelle.

Gu Mei-Sheng

Gu Mei-Sheng

Gouverner, c’est prévoir.
Bien sûr, c’est plus facile de critiquer. La définition d’un économiste est bien connue: c’est quelqu’un qui nous explique aujourd’hui pourquoi il s’est trompé hier !

L’erreur est humaine que ce soit en politique, en économie, en sciences, comme ce prix Nobel de physique qui déclarait en 1905 qu’il était impossible de faire voler un objet plus lourd que l’air.  Nous aimerions qu’un minimum d’honnêteté et d’humilité oblige à présenter des excuses et à reconnaître son erreur.

Le problème n’est pas une question d’intelligence mais de niveau de conscience qui entraîne une ouverture. Nous pouvons comparer la conscience à la vision de l’horizon liée à la hauteur du sujet. Mais s’élever n’est pas suffisant. Regarder dans une seule direction impose une vue étroite.
L’idéal est de continuer de s’élever de plus en plus haut et de ne pas cesser de regarder dans toutes les directions.
Au nom de la loi, au nom de la science, au nom du manuel, vaut-il mieux mourir intelligemment ou vivre bêtement ?
Nous n’avons aucun doute sur les intelligences brillantes qui dirigent ou conseillent. Le problème est d’ordre mental, « un petit mental », qui parasite et paralyse à tous les échelons. C’est la bureaucratie !

Depuis sa création en 1987, nous avons toujours eu pour optique de gérer l’Ecole Tenchi en nous projetant sur l’avenir  et d’essayer d’anticiper les évènements.
De même sur le plan de l’enseignement, les thèmes des séminaires ont toujours été travaillés des années auparavant. La boutade classique était de déclarer pendant un cours que tel aspect ou tel principe seraient le thème 2025, 2030 !

La crise sanitaire qui touche le monde entier annonce probablement si ce n’est la fin d’un cycle, tout au moins un grand tournant.
Il faut un grand malheur pour voir se révéler la nature humaine dans ce qu’il y a de plus beau… et le reste. Les manifestations d’amour, de compassion, d’empathie et de solidarité sont extraordinaires et heureusement ne pourront pas être effacées par des comportements d’égoïsme, de bêtise et de haine.
Quand la pandémie sera résolue, il y aura une autre crise sanitaire sur la santé en général, le moral en particulier,, une crise économique et une crise sociale.
Nous vivons un moment de vérité. Le monde de demain ne sera plus le même que celui d’hier.
N’étant pas un expert digne des plateaux télé et des médias, nous ne ferons pas plus de commentaires.

Ce qui nous interpelle dans le cadre de ce site consacré à l’Aïkido, c’est l’évolution de notre discipline dans les années à venir parce que rien n’échappera à ces bouleversements y compris l’Aïkido.

Pour essayer de comprendre l’avenir, faisons un retour vers le passé.

1900-1924 : Ueshiba Morihei se forge un corps et un mental guerrier grâce aux Bujutsu dont le Daïto-ryu, à la guerre russo-japonaise et son voyage en Mongolie qui sera un échec.
La rencontre avec Deguchi Onasaburo, la mort de son père l’amènent vers une quête spirituelle et un voyage en Mongolie en 1924 dans un but bien précis et pas connu : prendre contact avec les représentants d’une Tradition, descendants d’émigrés au XVIIe siècle pour créer un « royaume » !

... et Tama no hireburi

Maître Ueshiba Morihei

1925 : Ueshiba Morihei reçoit son 1er éveil spirituel, illumination ou satori.

1942 : 2e illumination. Le nom Aïkido est adopté.

1945-1969 : L’Aïkido jusque là réservé  à certaines classes sociales, militaire et nobiliaire s’ouvre au monde sous l’impulsion de son fils Ueshiba Kishomaru et de l’Aïkikai née après la guerre. Le fondateur disparaît en 1969.

Ueshiba Kisshomaru

Ueshiba Kishomaru

1974 : Tohei Koichi, instructeur en chef quitte l’Aïkikai suite à des divergences avec Kishomaru quant à l’évolution technique.

Tohei Koichi

Tohei Koichi

En France, les groupes essaient de se réunir pour présenter une masse face aux pouvoirs publics. C’est la gestion d’un art sur le modèle sportif pour avoir l’habilitation ministérielle. La même orientation se verra sur le plan international. Pour celui qui n’est pas dans le moule, il est obligé de ne plus employer le mot Aïkido. Les « moules fédéraux » se font la guerre pour être reconnus.

Années 80 : les stages de masse deviennent la norme alors que dans les années 70, une trentaine de pratiquants pouvaient bénéficier d’un expert.

Fin des années 90 : les premiers stages tous groupes, toutes disciplines, tous niveaux, toutes tenues font jour.

Depuis le début du siècle, les manifestations de masse se sont accentuées. Rendons hommage aux organisateurs, mais il s’agit plus d’entreprise promotionnelle pour l’association que d’enseignement. Pour le pratiquant, l’intérêt est de se charger en Ki plus que d’apprendre, et c’est un point non négligeable. Parallèlement, on assiste à une désaffection et une baisse de recrutement depuis une vingtaine d’années et cela concerne toutes les activités.
Au Japon, la population vieillit et la natalité baisse. Le risque est une forme d’implosion.

Tokyo: carrefour de Shibuya (photo JMT)

Tokyo: carrefour de Shibuya (photo JMT)

L’Aïkido suit une courbe parallèle : les anciens sont majoritaires, les jeunes sont de moins en moins attirés par une discipline qui demande un investissement. Nous sommes entrés dans l’ère de consommation compulsive : on essaie, on teste, c’est la journée porte ouverte, on se lasse et on jette le nouveau jouet. C’est l’évolution de la société moderne, la quantité au détriment de la qualité.
Cependant, nous ne sommes pas passéiste et nostalgique: « de mon temps, c’était mieux ». Chaque époque a ses qualités et ses défauts.
Au fil des années, ceux qui ont connu le fondateur notamment les proches disciples (uchi Deshi) disparaissent à leur tour.
La génération née après-guerre disparaîtra des tatamis d’ici une dizaine d’années.
Les quadragénires actuels seront au commande si leur corps meurtri par une pratique physique le leur permet encore.
Tout l’avenir de l’Aïkido est là.
-soit notre discipline devient une gymnastique de santé comme certaines pratiques orientales le sont devenues en occident,
-soit elle devient une self-défense basée sur le physique avec ses qualités et ses défauts,
-soit elle reste un Budo tel que nous l’a légué Maître Ueshiba pour métamorphoser l’homme grâce à une quête intérieure.
Comment un art martial au départ destiné au combat devient un chemin de connaissance de notre triple nature corps, âme, esprit tout en restant efficace?
C’est là l’enjeu des 30 prochaines années sachant que l’Aïkido est fait pour tout le monde mais tout le monde n’est pas fait pour l’Aïkido !
L’Aïkido est un art de la nature, à la fois notre environnement et notre nature profonde.

Retenons ces 3 maximes :

Ecoutons les messages de la nature.
Ecoutons la nature des signes qui nous arrivent.
Ecoutons les signatures.

JMT