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O Sensei

Toujours prêt, prêt à tout

Il est habituel de parler de partenaire et non d’adversaire en Aïkido. Nous ne faisons pas de combat car il n’y a pas d’opposition de forces et l’Aïkido n’est pas un sport ni même un sport de combat.

L’Aïkido est une Voie spirituelle et non un sport qui reste du domaine du jeu (parfois violent) indépendamment de la notion de compétition, alors que l’Art martial peut engager  la vie et la mort.
On peut comparer l’Aïkido au marathon à la différence qu’il n’y a pas de chronomètre, pas de classement et pas de ligne d’arrivée si ce n’est à la fin de la vie ou si l’on arrête.
Tous deux sont une ascèse aux limites physiques inhérentes à la vie (âge, santé…).
Sur le plan psychique et surtout sur la quête spirituelle, nos limites seront la conséquence d’un choix personnel!

Tel est la base de notre art  qui repose sur le premier degré du principe Aïki.

Cependant, il ne faudrait pas que ce discours masque une analyse superficielle et les réalités de la vie.
On ne peut comparer un entrainement où l’étude domine, un enseignement où la pédagogie est nécessaire avec une situation où les motivations sont d’un tout autre ordre.
Celui ou ceux qui vous attaquent ne sont pas là pour étudier ou pour prendre une leçon! Cà peut aller d’un simple affrontement rituélique (montrer ses muscles aux autres, à une dame…), à l’extrême violence du prédateur, du psychopathe ou d’un tueur prêt à mourir.
Si dans tous les cas, la concentration, la vigilance et la présence sont incontournables, le stress, la notion de survie donc le mental imposent un comportement spécial. On ne peut comparer le gentil pratiquant en mode loisir et le prédateur qui n’a rien à perdre  y compris la vie.

O Sensei avait reçu une éducation et une formation martiale c’est-à-dire guerrière éprouvée pendant sa vie notamment durant la guerre russo-japonaise (1905) et l’épisode en Mandchourie (1924). Pour lui chaque action dans son Art était une expérience de vie ou de mort que ce soit dans le Bujutsu ou dans le Budo sachant que ces deux périodes ne sont pas cloisonnées et distinctes.

Son premier Satori (illumination) se produit en 1925 et déclenche sa métamorphose.
L’Aïkido dans sa structure et concept Budo d’Amour, de Paix et de Réconciliation apparaît dans sa conceptualisation en 1925 et sa réalisation effective en 1942 après un deuxième Satori. C’est en cela que l’on peut comprendre ce paradoxe apparent. O Sensei considérait Uke comme un ennemi et il le traitait pacifiquement ce qui ne veut pas dire avec mollesse!

Les connaissances techniques comme les aspects corporels sont incontournables et nécessaires. Mais sont-ils suffisants? Certainement pas car le mental joue un rôle prédominant tout en sachant qu’il est simpliste de séparer le physique du psychique d’où l’intérêt de l’énergétique.

Deux événements illustrent la complexité de la non-violence et de la psychologie humaine et par conséquence de l’attitude martiale.

21 août 2015
Un acte de terrorisme éclate dans le train Thalys Amsterdam-Paris. L’auteur après avoir fait 2 blessés par balle suite à une première lutte pour reprendre son arme, voit celle-ci s’enrayée dans le wagon suivant ce qui permettra l’intervention courageuse et musclée de voyageurs: 2 militaires américains, 1 Anglais, 1 Français et 1 civil américain. 1 des 2 GI’s sera blessé à coups de cutter.

Mai 2019
Un étudiant dans un lycée de l’Oregon (USA) entre armé dans une salle de classe probablement pour se suicider (son arme ne contenait qu’une seule balle). Son professeur de sport le prend dans ses bras, le désarme, confie l’arme à un autre élève. Le « câlin » se poursuivra plusieurs minutes jusqu’à l’arrivée de la police. L’affaire filmée par les caméras de vidéo-surveillance ne sera révélée que tout récemment.

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On ne peut comparer ces 2 actes: l’un est du pur terrorisme avec tout ce qu’engendre l’extrémisme, le second est un acte de désespoir.
Si dans les deux cas, on peut évoquer une forme de folie, le processus psychanalytique est cependant différent. Vouloir se suicider devant des « spectateurs » est une forme d’appel au secours.
Mais il ne faut pas oublier qu’étant donné le passé récent  et répété des Etats-Unis, voir arriver un homme armé dans une enceinte scolaire, il est logique de penser à un massacre avant un suicide!
Ce n’est donc pas évident de prendre dans ses bras un homme armé!

A partir de ces 2 faits, que conclure?
D’abord qu’il n’y a pas de réponses simples. Chaque situation appelle une réponse unique et adaptée. Nous ne parlerons pas des forces spéciales qui sont des professionnels de l’action extrême et qui interviennent selon une stratégie.
Pour le quidam en supposant qu’il ait reçu une éducation martiale réelle, la relaxation physique et mentale  la gestion de ses émotions, notamment la peur de la mort permettra peut-être de trouver une solution violente ou non-violente.

Selon la devise des scouts:
« Toujours prêt »,
nous avons envie de compléter par:
« Prêt à tout ».

En tout  cas, on ne peut que s’incliner avec respect et admiration pour cette leçon d’Aïki donnée par ce professeur de sport.

JMT